
SG: Bonsoir Mikaëlle SABIN , je te remercie d’avoir répondu positivement à l’invitation , je sais que tu es titulaire d’une licence en sciences de l’éducation de l’Université Quisqueya (UniQ) , et maintenant tu viens de recevoir une autre distinction en Orthopédagogie . Ce qui fait de toi une professionnelle chevronnée et qualifiée dans le domaine .
Peux-tu nous décrire ton parcours académique et professionnel en Orthopédagogie ou en éducation spécialisée ?
MS: Bonsoir Stanley,
Je peux dire que c’est assez simple, parce que j’ai obtenu une licence spécialisée en sciences de l’éducation à l’université Quisqueya (UniQ). Pendant mes études à Quisqueya, j’ai suivi une formation sur les difficultés d’apprentissage, parmi lesquelles j’ai pu observer des troubles d’apprentissage, l’autisme et bien d’autres encore. Cela m’a un peu marqué parce que en tant qu’apprenante et étudiante en sciences de l’éducation, je trouvais anormal que notre faculté n’offre pas de cours sur les difficultés en éducation, étant donné que nous allons rencontrer toutes sortes d’élèves dans nos classes et que nous devons être capables de les aider.
Ensuite, cela m’a interpellée et c’est là que j’ai également trouvé mon mentor, M. Ralphson PIERRE, qui m’a aidée, étant donné qu’il possède lui aussi une maîtrise en autisme. Il m’a parlé du sujet et je lui ai fait part de mon intérêt. Mon projet de fin d’études portait sur le sujet de l’autisme et la difficulté d’être scolarisé en Haïti, et c’est à ce moment-là que m’est venue l’idée de poursuivre mes études supérieures en me spécialisant dans la maîtrise en éducation spécialisée. Personnellement, je voulais devenir psycho-éducatrice en entamant les démarches et en demandant des admissions dans différentes universités.
On m’a dit que comme je n’avais pas de licence en psycho-éducation, il ne serait pas possible de faire une maîtrise dans ce domaine. J’en ai alors discuté avec mon mentor et c’est là qu’il m’a suggéré l’orthopédagogie. J’ai donc décidé de faire des recherches pour en savoir plus sur ce domaine. C’est ainsi que j’ai découvert qu’en orthopédagogie, on étudie les principales difficultés d’apprentissage et d’adaptation scolaire, ce qui m’a beaucoup intéressée. J’ai donc décidé de faire ma demande d’admission.
J’ai été admise grâce à ma bonne moyenne obtenue à l’UniQ, ce qui m’a grandement aidée dans mon parcours. J’ai finalement été acceptée comme étudiante internationale à l’Université de Montréal pour une maîtrise en orthopédagogie, que j’ai finalement obtenue avec succès.
SG: Parfait.
L’éducation spécialisée ne relève pas seulement de la responsabilité d’un enseignant ou d’une personne qui a choisi le domaine de l’éducation. Au Canada, le travail social joue également un rôle central dans ce domaine en mettant l’accent sur la relation éducative.
Comme tu le sais déjà, cela englobe divers domaines d’intervention tels que le handicap, l’aide sociale à l’enfance et la lutte contre l’exclusion. C’est pourquoi nous avons mentionné le terme « éducation spécialisée ».
Maintenant, quels sont les défis que tu as rencontrés sur le terrain, notamment en ce qui concerne l’exclusion et l’inclusion?
MS: En fait, il y a beaucoup de défis. Pourquoi je dis ça? Parce que l’éducation spécialisée en Haïti est un domaine à la fois vide et vaste. C’est un domaine sur lequel nous n’avons pas encore commencé à travailler. Par conséquent, il y avait de nombreux thèmes qui m’étaient peu familiers, voire inconnus, lorsque j’étais en Haïti. Pendant mon court séjour dans l’enseignement, j’ai été confrontée à des situations avec des élèves pour lesquelles je ne pouvais pas poser de mots, je ne comprenais pas ce qui se passait.
En poursuivant mes études en orthopédagogie, j’ai compris que je pouvais mieux aider ces élèves si je connaissais leur trouble à l’avance et que je pouvais envisager des solutions. C’était à la fois étrange pour moi et une belle opportunité d’apprentissage. Au cours de mes études, j’ai réalisé qu’il y avait encore beaucoup à faire. En tant que spécialiste en orthopédagogie, je comprends que cette compétence seule ne suffit pas à aider un enfant en fonction de son handicap. Certains handicaps demandent en effet une spécialisation plus poussée pour pouvoir aider l’enfant concerné.
Actuellement, dans mon environnement professionnel, je n’exerce pas en tant qu’orthopédagogue ou enseignante, même si j’essaie d’intégrer l’orthopédagogie dans mon enseignement. Cependant, cela ne suffit pas. L’orthopédagogie peut être considérée comme une branche parmi les nombreuses spécialisations nécessaires en éducation spécialisée. C’est comme une branche de l’arbre parmi d’autres.
Je ne sais pas si cela répond à ta question.
SG: Ok, et tu considères l’orthopédagogie comme une branche de l’arbre. Donc, c’est simplement une spécialisation. Pour mieux comprendre, est-ce que cela signifie que l’aide fournie par les orthopédagogues n’est pas globale ?
MS: Non, ce n’est pas global. Parce qu’on peut intervenir dans certains domaines, mais il y a d’autres domaines qui ne relèvent pas de nos compétences. Si je peux te donner un exemple concret, en tant qu’orthopédagogue, je peux intervenir auprès d’un enfant qui rencontre des difficultés d’apprentissage, peut-être d’adaptation, mais je dirais surtout d’apprentissage.
Prenons l’exemple d’un enfant qui éprouve des difficultés en lecture. Je peux sortir l’élève de la classe et lui fournir un soutien supplémentaire en utilisant d’autres méthodes que celles utilisées par son enseignant. J’essaie de l’aider à comprendre la notion. Cependant, un enfant qui présente des problèmes de comportement ne relève pas de mes compétences en tant qu’orthopédagogue pour l’aider. C’est là qu’intervient une technicienne en éducation spécialisée qui doit lui apporter son soutien.
Donc, en fonction du trouble, du comportement et des manifestations du trouble, il est important de savoir quel spécialiste doit intervenir. Prenons l’exemple d’un enfant qui éprouve des difficultés à écrire en raison d’une dysgraphie, c’est à un ergothérapeute d’intervenir, pas à un orthopédagogue. Je ne sais pas si tu saisis l’idée, c’est pour cela que je te dis que l’orthopédagogie est une branche de l’arbre. Nous avons des compétences spécifiques pour intervenir dans des domaines spécifiques.
SG: Très bien. Maintenant, en parlant de méthodes, Madame Sabin, quelles sont les principales méthodes ou stratégies que tu utilises pour soutenir tes apprenants ayant des besoins spéciaux d’apprentissage, et comment les adaptes-tu en fonction des besoins individuels ?
Pourriez-vous également faire la comparaison entre les apprenants Canadiens et ceux d’Haïti ?
MS: Je vais te dire que la question est un peu vaste, car comme tu le sais, chaque élève, chaque apprenant a sa propre méthode d’apprentissage. Par conséquent, la façon dont tu vas intervenir avec chaque élève doit être adaptée individuellement.
Je m’explique, deux élèves peuvent avoir le même problème, mais nécessiteront des interventions différentes. L’intervention va être faite en fonction de la priorité des besoins, car l’élève peut avoir plusieurs besoins, et c’est à toi, en tant qu’orthopédagogue, de décider quelle est la priorité parmi ses besoins. Cette intervention sera également adaptée en fonction de la personnalité de l’enfant, de son âge, de sa classe, de l’enseignant et de ce que l’enseignant attend également de l’intervention. C’est pourquoi l’orthopédagogue doit travailler en étroite collaboration avec l’enseignant de l’enfant, afin d’assurer une approche cohérente et coordonnée.
Ensuite, si on compare Haïti et le Canada, cela peut être difficile.
Pourquoi ? Parce que, comme je te l’ai expliqué, il y a de nombreux spécialistes dans une seule école ici, alors que dans certaines écoles en Haïti, tu ne trouveras que l’enseignante, sans aucun spécialiste dans l’école. Il n’y a pas de psychologue, pas d’orthophoniste, rien de tout cela. En fait, l’orthopédagogie est assez rare en Haïti. À ma connaissance, il n’y a qu’une seule orthopédagogue dans tout le pays.
Donc, dans une école en Haïti, tu ne trouveras pas un orthopédagogue à chaque coin de rue, car il n’y en a qu’un seul. Et la seule que je connais est directrice d’une école, donc je doute qu’elle ait suffisamment de temps pour fournir des services individuels. Est-ce que tu comprends ce que je veux dire ? C’est pourquoi je t’avais dit qu’en Haïti, le domaine de l’éducation spécialisée est complètement sous-développé. On ne lui accorde pas beaucoup d’attention en raison de notre culture et de nos coutumes. Nous avons souvent tendance à attribuer les difficultés d’apprentissage à un manque d’intelligence de l’enfant. Une fois que la responsabilité est mise sur l’enfant, nous cessons d’essayer de l’aider, car nous pensons qu’il ne veut pas apprendre. Il y a donc une différence entre un enfant qui ne veut pas apprendre et un enfant qui ne peut pas apprendre en raison d’un problème.
Si on part de la comparaison, on ne finira jamais, car il y a beaucoup de choses à considérer. Ensuite, en ce qui concerne les matériels que j’utilise en tant qu’orthopédagogue, il n’est pas évident de trouver autant de matériel en Haïti, pour ne pas dire qu’il n’y en a pas suffisamment pour les enfants en difficulté. En fait, nous avons du mal même à catégoriser les enfants qui rencontrent des difficultés. Cela est nécessaire afin de mieux les aider, car en fonction du trouble, une intervention spécifique est nécessaire.
De plus, nous n’avons pas de spécialistes pour poser des diagnostics sur nos enfants en Haïti. Donc, comment puis-je intervenir avec un enfant lorsque nous disons simplement qu’il ne peut pas apprendre ? Nous n’avons aucun diagnostic. Est-ce qu’il souffre de TDAH ? Est-ce qu’il est autiste ? Quel est son problème exact ? Tu vois donc la difficulté que cela entraîne. D’abord, il faut un spécialiste pour poser un diagnostic, puis je pourrai ensuite faire une intervention individualisée.
Mais s’il n’y a pas de diagnostic, c’est comme si nous procédions par tâtonnements. J’essaierai une approche, puis une autre, jusqu’à ce que je trouve ce qui fonctionne. Cependant, cela prend du temps, et pendant ce temps, l’enfant peut rapidement perdre sa motivation et se décourager.
SG: Voilà. Et pour ajouter, comme tu viens de le dire, cette ignorance entrave le processus d’apprentissage. Surtout avec la question de la culture, où cet enfant a été influencé par une croyance, c’est cette croyance qui empêche l’enfant de s’investir dans son travail scolaire. Il est originaire d’une certaine région ou d’une certaine famille. Ces personnes ne valorisent pas l’éducation.
MS: Je te dis franchement que les élèves en difficulté nécessitent non seulement l’implication de l’enseignant et de la direction de l’école, mais aussi celle des parents. Les parents connaissent mieux leur enfant. Dans toute intervention avec l’enfant, les parents constituent une pierre angulaire sur laquelle on peut s’appuyer pour aider l’enfant.
Imagine déjà, en Haïti, tu as un parent qui ne croit pas aux troubles de son enfant. D’ailleurs, il est en phase de déni. La plupart des parents passent par cette phase de déni lorsqu’il s’agit de diagnostiquer leur enfant. Mais le parent haïtien aura du mal, voire refusera d’accepter que son enfant a un problème. Comment ce parent pourrait-il collaborer avec toi pour mieux aider son enfant ? La barrière se trouve non seulement auprès de l’enfant, mais déjà auprès de ses parents.
Ensuite, l’enseignant qui manque d’expérience ou de connaissance sur les troubles d’apprentissage pourrait te dire que l’enfant ne veut pas apprendre. Donc, il serait difficile d’intervenir auprès d’un enfant dans de telles circonstances. Ce n’est pas parce que l’enfant ne veut pas, mais il y a trop de barrières. C’est comme si tu travaillais peut-être pendant deux ou trois ans sans jamais obtenir de résultats. Parce que ce que tu fais est si peu, en si peu de temps. Il faut la collaboration des parents, qui poursuivent ton intervention à la maison, mais ils ne le feront pas parce qu’ils n’y croient pas.
SG: Très bien. On est sur une bonne lancée. Tout à l’heure, tu as parlé de matériel. Les matériels que nous utilisons au Canada ne sont pas vraiment disponibles en Haïti. Alors, exactement. En ce qui me concerne, à l’école Ramoth, il y a deux ans, nous avons accueilli cinq enfants au total qui avaient des troubles d’apprentissage. J’ai consulté avec leurs parents et ils ont accepté l’aide. En ce qui concerne le paiement des coûts supplémentaires, tu as refusé car les matériels que nous voulions acheter étaient vraiment coûteux. Il fallait créer un autre espace à l’école pour placer l’élève dans une ambiance appropriée et pour nous procurer du matériel qui était extrêmement cher, puisque tu ne voulais pas collaborer. Nous avons donc décidé de te référer à d’autres spécialistes et à d’autres écoles.
À cette époque, le Dr Junot JOSEPH était encore en vie et je crois qu’il a fait de son mieux pour aider ces parents. Et toujours en ce qui concerne les matériels, puisque nous sommes dans l’ère des nouvelles technologies, comment intègres-tu les avancées technologiques dans ta pratique orthopédagogique ou dans ton parcours d’enseignement pour optimiser l’apprentissage de tes élèves ?
MS: D’ailleurs, je te dis, comme j’enseigne ici au Canada, dans le programme de formation, il est obligatoire d’intégrer la technologie dans notre enseignement. Cependant, tout en ayant cette obligation, il y a aussi des découvertes scientifiques ou des articles scientifiques qui nous imposent un certain nombre d’heures pendant lesquelles on peut exposer les enfants aux écrans en classe. Donc, je peux te dire que parfois, surtout en ce qui concerne le français, puisque je suis en classe d’accueil, il y a certains exercices que nous faisons sur le TNI. Quand je travaille sur le TNI, les élèves sont plus motivés, plus concentrés et tout. Cependant, je dois respecter le quota d’une heure par jour que les élèves peuvent passer devant l’écran de l’école. Donc, j’essaie au mieux, surtout lorsque mes élèves sont spécialement démotivés et lorsqu’il y a des exercices, d’utiliser les ressources disponibles. S’il y a une ressource disponible sur une notion que je travaille, par exemple lorsque je travaille les sons en français pour aider l’enfant à faire le décodage dans la lecture, je n’ai pas besoin de créer un matériel ou de créer quelque chose de nouveau, car il y a des ressources déjà disponibles telles que des vidéos sur YouTube qui parlent des sons, et d’autres plateformes éducatives existent. Donc, je les utilise assez souvent dans ma classe pour permettre à mes élèves de travailler sur les leçons. Je peux te dire que j’utilise bien les technologies dans ma classe. Cependant, je respecte le quota d’une heure par jour avec mes élèves pour ne pas trop les exposer aux écrans.
SG: D’accord. Il faut souligner, pour nos lecteurs, que le TNI, c’est le Tableau Numérique Interactif. N’est-ce pas?
SM: Exactement. Oui.
SG: Tout à l’heure, tu as mentionné qu’on a besoin de l’aide des parents. Maintenant, quel est ton rôle dans la collaboration avec les enseignants et les parents pour assurer un soutien optimal aux élèves ayant ces besoins spéciaux d’apprentissage ? Parce que la plupart du temps, surtout en Haïti, 99% ou pour ne pas exagérer, 95% des parents croient souvent que la mission ou la charge doit rester sur l’épaule de l’administration scolaire via les enseignants. Maintenant.
MS: Si tu regardes la situation en Haïti, je te dirais que c’est compliqué comme toujours. Moi, comme je le dis souvent, le système éducatif haïtien est un système à repenser et à refaire. Pas totalement, car certaines choses peuvent être conservées, mais d’autres doivent vraiment être éliminées. Pourquoi ? Parce que l’enfant passe plus de temps à l’école qu’à la maison. Ce qui signifie que l’enfant passe plus de temps avec l’enseignant qu’avec le parent. Et surtout, en ce qui concerne les chiffres, bien que je ne connaisse pas les chiffres exacts du taux d’alphabétisme en Haïti, je pense qu’il y a certains parents qui ne savent pas lire. Donc, un parent qui ne sait pas lire envoie son enfant à l’école pour que son enfant puisse apprendre à lire et pour avoir un avenir meilleur, comme on dit souvent. Maintenant, lorsque cet enfant rentre à la maison avec beaucoup de devoirs et de leçons à faire, cela peut être décourageant pour les parents. Il peut passer au moins 4 ou 5 heures à faire ses devoirs et ses leçons. Il est normal que les parents se sentent découragés, épuisés et frustrés. Ils se demandent : « Pourquoi est-ce que je paie autant pour l’école si c’est à moi de travailler à la maison avec mon enfant ? » Je ne sais pas si tu vois où je veux en venir. Certains parents pensent que nous avons toutes les responsabilités, mais c’est parce qu’on leur donne trop de choses à faire à la maison. Pourquoi ne pas consacrer ce temps pour les devoirs à l’école ? Au lieu de les faire à la maison, nous pourrions les faire à l’école. On pourrait prendre un petit moment, une heure, pour les faire à l’école. Maintenant, lorsque l’enfant rentre à la maison, il peut simplement réviser ce qu’il a fait à l’école. Mais en parlant de collaboration avec les parents dans le cadre d’un enfant ayant des besoins spéciaux, cela peut être assez difficile. Pourquoi ? Parce que le parent a du mal à accepter que son enfant ait des difficultés ou des troubles d’apprentissage. Déjà, il est difficile pour lui d’accepter cette réalité car il est déjà dans le déni. Comment puis-je lui demander de travailler avec son enfant dans ces conditions ? Dans sa tête, c’est une déception pour lui de réaliser que son enfant n’est pas comme les autres. Comment puis-je lui demander de collaborer avec moi pour travailler sur les besoins de son enfant ? Il va me dire qu’il paie cher pour l’école et que son enfant fait ceci ou cela. De plus, les attentes des parents sont souvent plus élevées que celles des spécialistes de l’enfant. Ils espèrent tellement que leur enfant réussisse qu’ils idéalisent les progrès de l’enfant. Et si l’enfant ne réalise pas ces progrès, les parents peuvent blâmer le spécialiste ou l’enfant pour ne pas vouloir apprendre. C’est donc un sujet délicat et difficile. Prenons un exemple concret : un enfant qui a des problèmes d’organisation. C’est quelque chose qui peut sembler simple pour certaines personnes, mais pour un enfant ayant des problèmes d’organisation, nous devons travailler sur une routine avec lui en tant qu’orthopédagogue. Nous devons travailler avec l’enseignant pour établir une routine en classe avec l’élève. Et à la maison, nous devons travailler avec les parents pour qu’ils établissent également une routine pour l’enfant afin de l’aider à s’organiser. Mais si un parent ne reconnaît pas que son enfant a un problème d’organisation, comment puis-je le convaincre de suivre cette routine à la maison ? La collaboration des parents est donc importante car si ce que nous faisons à l’école est également fait à la maison, nous pouvons obtenir des résultats plus rapidement et les attentes envers l’enfant seront plus tangibles, car il poursuivra la même routine à la maison. Mais si un parent ne collabore pas avec l’école, l’enfant ne suivra pas la routine à la maison, ce qui signifie que chaque fois qu’il revient à l’école, nous devons recommencer à zéro. Donc, tu peux voir l’importance de la collaboration des parents dans ce contexte.
SG: Exactement, c’est extrêmement important. Maintenant, toujours sur la collaboration des parents, quel conseil donnerais-tu aux parents, non seulement aux parents, mais aussi aux enseignants, pour mieux soutenir les enfants ayant des besoins spéciaux d’apprentissage? Surtout pour nos frères et sœurs haïtiens et haïtiennes.
MS: La première chose à faire, c’est d’établir un diagnostic. Parce que c’est le diagnostic qui va t’aider à comprendre exactement quel problème l’enfant rencontre. Et c’est à partir de ce diagnostic qu’on peut mettre en place une intervention individualisée, comme je l’avais dit. Donc, je conseille aux spécialistes, avant même d’émettre un diagnostic, de discuter avec les parents pour commencer à aborder la situation en disant : « J’ai remarqué certaines choses chez ton enfant. Est-ce que tu remarques la même chose à la maison ? » Cela permet de sensibiliser les parents en leur signalant qu’il y a un problème à surveiller. Ensuite, tu peux expliquer aux parents que tu envisages de réaliser une évaluation pour mieux comprendre les difficultés de l’enfant. Lorsque tu communiqueras le diagnostic aux parents, prends le temps d’expliquer clairement et avec des termes accessibles ce que cela signifie. Il est essentiel de ne pas utiliser un langage trop technique qui pourrait ne pas être compris par les parents. Lors de la mise en place de l’intervention individualisée, explique aux parents que même avec ces efforts, l’enfant pourrait ne pas atteindre 100% des résultats escomptés. Fixe des objectifs réalistes et un échéancier clair pour mesurer les progrès de l’enfant, par exemple, sur une période de six mois. Il est important d’impliquer les parents en leur demandant de soutenir l’enfant à la maison. Lorsque les parents sont impliqués dès le début, ils sont plus enclins à collaborer. Il est également essentiel de faire preuve d’empathie envers les parents, de leur accorder du temps et de reconnaître que cela peut être difficile pour eux d’accepter la situation. En ouvrant le dialogue et en établissant une relation de confiance, il est plus facile pour les parents de collaborer et de participer activement au progrès de leur enfant dans sa réussite scolaire.
SG: Je comprends mieux maintenant la question des enfants ayant des besoins spéciaux d’apprentissage. Avant, tu m’avais dit que l’orthopédagogie est juste une branche des besoins spéciaux d’apprentissage. Pourquoi je dis ça ? Prenons l’exemple d’Haïti. Je ne veux pas critiquer les enseignants haïtiens, mais plutôt proposer des solutions et les encourager à se former continuellement. Pourquoi ? Parce qu’un enseignant sans formation en éducation spéciale ne pourra pas diagnostiquer correctement les besoins spéciaux des élèves. Le diagnostic est possible seulement si le directeur lui-même a une formation initiale. D’ailleurs, comme tu l’as dit tout à l’heure, la seule orthopédagogue que nous avons est directrice d’école. On ignore si elle peut vraiment apporter le soutien nécessaire. Donc, ce problème est plus sérieux que je ne le pensais.
Sur la même lancée, peux-tu partager une expérience significative illustrant l’impact de ton travail en tant que spécialiste dans ce domaine et les résultats positifs obtenus ?
MS: D’accord, je vais prendre mon propre exemple pour t’expliquer. J’ai fait toute ma scolarité en Haïti et j’ai toujours eu de bonnes moyennes, sauf en mathématiques où j’avais rarement de bonnes notes. Je me rappelle d’une fois en 3e secondaire où mon professeur m’a envoyé en classe de 5e année fondamentale pour la journée parce que je ne pouvais pas faire l’addition de deux fractions. C’était traumatisant pour moi et j’ai été victime d’harcèlement par mes camarades. Plus tard, en 2021, j’ai découvert que j’avais la dyscalculie, ce qui affecte mon orientation spatiale et mes compétences en mathématiques. Mon professeur de l’époque aurait-il pu comprendre que j’avais la dyscalculie ? Je ne pense pas. Et s’il lui demande aujourd’hui ce qu’est la dyscalculie, je doute qu’il puisse répondre. Les élèves qui viennent après moi pourraient subir le même traumatisme, car les enseignants ne sont pas formés pour reconnaître les besoins spéciaux des élèves. J’ai donné mon exemple pour illustrer la gravité de la situation. Toute ma vie, j’ai été frappé pour mes difficultés en mathématiques, sans que personne ne comprenne que c’était un handicap. Si les enseignants étaient au courant, j’aurais peut-être eu un traitement différent, comme des examens adaptés à mes besoins. Heureusement, j’avais d’autres compétences qui compensaient mes difficultés en mathématiques, comme mon haut potentiel intellectuel.
SG: Donc, en résumé, je peux dire que l’enseignant en tant que guide doit faire beaucoup d’attention avec ses décisions ou ses remarques sur l’apprenant, car cela peut causer beaucoup de dégâts…
MS: ça été causé. Au niveau psychologiqu et physique aussi ?
SG: Donc, le métier d’enseignant n’est pas une mince affaire , parce qu’on a la capacité de détruire, de construire et de réparer .
Donc, l’enseignant doit être en mesure et il doit être réellement qualifié. Comme pourrait dire le défunt Dr Junot JOSEPH , il doit être qualifié et chevronné.
MS : Exactement. En tant qu’enseignant, tu dois savoir que tu n’as pas la science infuse et que ce n’est pas parce que tu as obtenu ton bac en enseignement, disons en 2014, que tes compétences ou tes connaissances sont à jour en 2024. Non, il faut toujours des mises à jour, comme tu l’as mentionné tantôt, des formations continues.
SG: Parce qu’on n’est pas un magister dixit. (Rires …)
MS : Justement, pour mettre à jour mes connaissances et mes compétences.
SG: Comment vois tu l’avenir dans ce domaine et quelles sont les évolutions que tu prévois là-dedans ?
Est-ce que tu peux faire une sorte de projection?
MS: La projection que je fais actuellement, c’est que j’ai l’intention de construire un centre. Mais vu la situation sociopolitique actuelle en Haïti, je réfléchis et j’acquiers de l’expérience pendant ce temps. J’ai l’intention de construire un centre qui ne se limite pas seulement à l’orthopédagogie, mais qui inclut également l’orthophonie et l’ergothérapie. Ce sera un centre complet où les enfants ayant un handicap, un double handicap ou un multi-handicap pourront être pris en charge avec tous les spécialistes dont ils ont besoin. C’est l’un des projets que j’ai actuellement.
Ensuite, je cherche des moyens de collaborer avec le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle pour aider dans les écoles nationales. Je suis prêt à travailler bénévolement dans un premier temps, simplement pour aider mon pays. Si cela se révèle bénéfique et efficace, nous pourrons envisager des projets plus ambitieux pour améliorer l’éducation dans le pays.
En ce qui concerne mes projets personnels, je prévois de poursuivre mes études au niveau du doctorat. Je compte me spécialiser davantage dans le domaine de la douance plutôt que de l’orthopédagogie, bien que les deux soient liés. Je vais continuer à travailler dans le domaine de l’orthopédagogie tout en explorant les aspects liés aux douances et aux difficultés d’apprentissage.
SG: Magnifique. Et j’espère que ce projet sera réalisé, que ce soit en Haïti. Bon, comme étant donné que tu as choisi Haïti, mais quel que soit l’endroit, j’espère que ce projet sera réalisé. Dès maintenant, je suis disponible s’il y a quelque chose ou bien quelque aide que je peux apporter pour aider à la concrétisation de ce projet.
MS : Merci. Et comme je te dis, comme je te parle souvent que le système éducatif haïtien est à refaire , je suis prête à aider.
Tu vois, j’ai bien utilisé le mot aider. Même pas pour de l’argent, je suis prête à aider le système éducatif en Haïti, pour pouvoir mieux répondre aux besoins de nos enfants et pouvoir mieux former l’écolier haïtien.
SG: Ok. Alors, si une personne a besoin des services de Mme Sabin, en tant que professionnelle en orthopédagogie, comment peut-elle vous contacter ? Où peut-elle vous trouver ? Avez-vous une page sur LinkedIn ? Parce que LinkedIn est une plateforme pour les professionnels.
MS: Déjà, je te dis que je suis sur les réseaux sociaux sur le nom de Mikaëlle Thalina Sabin.
Ensuite, je laisse mon e-mail. On peut me contacter par e-mail, je réponds assez rapidement. ( sabinmikaelle@gmail.com. )
Je suis disponible dès
En tant que professionnel, je vérifie plusieurs fois par jour mes e-mails.
qu’on m’écris , je réponds.
SG: Alors pour clôturer cette interview, Est-ce que tu peux nous donner quelques ressources ou des programmes spécifiques aux personnes intéressées par l’orthopédagogie pour approfondir leurs connaissances et compétences dans ce domaine?
MS :Pour Haïti, je ne connais malheureusement aucune structure qui offre cette formation.
Pour le Canada, l’Université de Montréal, le Centre d’évaluation neuropsychologique et d’orientation pédagogique (CENOP) propose parfois des formations, et l’Université du Québec à Rimouski offre une formation en ligne de deux ans. Il y en a peut-être d’autres, mais je n’ai pas poussé mes recherches sur cette question.
Je connais quelques professionnels qui pourraient t’aider, tels que M. Ralphson Pierre, Madeleine Pierre et M. Pascal Néry-Jean-Charles. Cependant, je ne connais pas de centre disponible pour t’assister ou répondre à tes questions, le cas échéant.
SG: Merci infiniment, je suis vraiment reconnaissant pour cette conversation enrichissante. Poursuis sur cette belle lancée et que Dieu continue de veiller sur toi et sur tes projets.
MS: Déjà c’est à moi de te remercier de m’avoir permis de parler de mes connaissances, mes compétences et la science que j’ai décidé d’étudier.
Donc merci parce que je vais utiliser ta voix en quelque sorte pour donner le message aux autres.
Donc c’est à moi de te remercier pour l’invitation et merci aussi pour tes souhaits.
Stanley GABRIEL
stanley.gabriel@thegabrielpost.com
Rédacteur

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