Par Stanley Gabriel

Alors que l’année scolaire reprend en Haïti, l’angoisse des parents et des enseignants est palpable. La réouverture des classes, initialement prévue pour septembre, avait été reportée par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) au 1er octobre. Mais ce délai supplémentaire n’a pas apporté de changement significatif dans les zones les plus touchées par l’insécurité. Dans plusieurs régions du pays, la situation sécuritaire reste alarmante. Dans des zones comme Carrefour, la commune vit sous les lois des bandits, et l’absence totale des forces de l’ordre depuis fin mars 2024 aggrave la situation. Les affrontements entre les bandits et la police ont été suspendus depuis cette date, laissant ces zones entièrement sous le contrôle des gangs.
Depuis 2019, la situation sécuritaire ne fait que se détériorer, avec le mouvement de “pays lock” et à partir de 2021, des milliers de personnes ont été déplacées, notamment à Martissant où des habitants ont dû abandonner leurs maisons pour se réfugier à Carrefour, au marché de poisson de Fontamara, ou encore au centre sportif de Carrefour. Pour ces familles, la réouverture des écoles ne signifie pas un retour à la normalité. Au contraire, elle rappelle amèrement leur quotidien de précarité. Leurs enfants, tout comme ceux qui vivent encore dans ces zones à haut risque, tentent tant bien que mal de poursuivre leur éducation dans un contexte où la survie quotidienne prime souvent sur l’apprentissage.
Les zones sous contrôle des gangs : des territoires abandonnés par l’État
Dans ces zones, la situation est particulièrement inquiétante. Gressier , la commune de Carrefour, ainsi que la commune de Port-au-Prince – plus précisément le centre-ville, et la première, deuxième, et troisième circonscription de Port-au-Prince – sont toutes sous le contrôle des gangs. D’autres zones comme la commune de Cité-Soleil, la commune de Croix-des-Bouquets, et le bas de Delmas fonctionnent également sans aucune présence policière. Les gangs imposent leurs lois dans ces régions, abandonnées par l’État. Même la commune de l’Artibonite subit l’influence croissante des bandes armées.
Dans la nuit du 2 au 3 octobre, un carnage a frappé Pont sondé, dans le département de l’Artibonite, où environ une centaine de personnes ont été tuées par les bandits du groupe criminel “ gran grif ”. Ce massacre plonge encore plus la population dans un état de terreur et d’amertume.
Comment parler de réouverture des classes dans un tel contexte ? Comment envisager un retour à l’éducation lorsque l’État semble agir en réaction à la violence sans offrir de solutions durables ? Quant à la police, ses interventions sporadiques ne parviennent pas à prévenir les tragédies ou à rétablir l’ordre.
Pendant ce temps, les autorités occupant les plus hautes fonctions de l’État, notamment trois conseillers présidents faisant partie du Conseil Présidentiel de Transition, ont été épinglées dans un rapport de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC). Ils sont accusés de corruption et d’abus de fonction. Plutôt que de se concentrer sur le sort de leurs compatriotes, ces dirigeants semblent privilégier des considérations politiques qui déconnectent leurs actions des besoins urgents du peuple haïtien. Alors que les familles tentent de survivre dans des conditions de plus en plus précaires, l’inaction face à ces crises renforce la frustration et le désespoir.
Le devoir de protéger l’éducation
Il est urgent que l’État haïtien prenne ses responsabilités face à cette situation. Le droit à l’éducation est fondamental, mais il est étroitement lié au droit à la sécurité. Tant que les enfants de ces zones affectées seront exposés à la violence quotidienne, aucune initiative éducative ne pourra vraiment prospérer.
Les autorités doivent rétablir la sécurité dans ces régions. Cela passe par un déploiement urgent et massif des forces de l’ordre, un effort coordonné pour démanteler les gangs et restaurer l’autorité de l’État. Il en va non seulement de la sécurité des élèves et des enseignants, mais également de l’avenir du pays.
Conclusion : Une réouverture qui ne suffit pas
La réouverture des classes en Haïti, cette année encore, se fait sous le spectre de l’insécurité. Pour de nombreux élèves, cette rentrée est teintée de peur et d’incertitude. Si nous voulons vraiment offrir à nos enfants un avenir, nous devons d’abord leur offrir la sécurité nécessaire pour qu’ils puissent apprendre et grandir en paix. Il est impératif que l’État haïtien prenne des mesures concrètes pour sécuriser les zones les plus affectées par la violence. C’est seulement à ce prix que la réouverture des classes pourra réellement représenter un nouveau départ pour les enfants haïtiens.
Stanley GABRIEL,
Éditeur en chef de TGP
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