12 janvier : Haïti entre devoir de mémoire et urgence de stabilité


Le 12 janvier 2026 déclaré Journée du Souvenir des victimes de catastrophes naturelles.
À l’occasion du 16ème anniversaire du séisme du 12 janvier 2010, les autorités haïtiennes ont officiellement consacré le 12 janvier 2026 comme Journée du Souvenir des victimes de catastrophes naturelles.
Dans une note de presse publiée le 9 janvier 2026, le Secrétariat général de la Présidence a annoncé que le lundi 12 janvier 2026 sera observé sur l’ensemble du territoire national comme une journée de recueillement et de mémoire nationale.


Cette décision découle d’un arrêté pris le 18 décembre 2024, visant à honorer la mémoire de toutes les victimes des catastrophes naturelles ayant marqué l’histoire du pays.


Dispositions officielles annoncées
Pour marquer cette journée de souvenir :
le drapeau national sera mis en berne sur tout le territoire ; les discothèques et établissements assimilés resteront fermés ;
les médias audiovisuels sont invités à proposer des programmes adaptés, axés sur la mémoire, la réflexion et la sensibilisation.


Le séïsme du 12 janvier 2010 : une blessure toujours ouverte
Chaque 12 janvier, Haïti suspend son rythme pour se souvenir de l’un des épisodes les plus
tragiques de son histoire contemporaine.
Le séisme de magnitude entre 7.0 et 7.3, survenu en 2010, a provoqué un choc humain, social et institutionnel sans précédent.


Des chiffres qui rappellent l’ampleur du drame :
Plus de 220 000 morts , environ 300 000 blessés , près de 1,5 million de déplacés internes , plus de 250 000 maisons détruites , environ 60 % des bâtiments administratifs de Port-au-Prince endommagés.


Des pertes économiques estimées à près de 120 % du PIB national de l’époque .
Ces données illustrent une catastrophe qui a non seulement détruit des infrastructures, mais aussi désorganisé durablement l’appareil de l’État.

Reconstruction inachevée et insécurité généralisée
Une reconstruction freinée par la crise politique.
Seize ans après le séisme, la reconstruction demeure largement incomplète. L’instabilité
politique chronique, les intérêts partisans et l’absence de continuité institutionnelle ont entravé les efforts de relèvement.


La montée des gangs armés
L’insécurité constitue aujourd’hui l’un des principaux obstacles à toute politique publique durable.
Selon les Nations unies, environ 85 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince serait sous le contrôle de gangs armés.
Cette situation rend :
l’application de la loi extrêmement difficile ;
l’organisation d’élections crédibles quasi impossible ; toute stratégie efficace de prévention et de gestion des risques de catastrophes difficilement applicable.


Transition politique : un blocage persistant
Près de quatre ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, Haïti peine toujours à établir un consensus autour de la transition politique et du calendrier électoral.
L’absence d’autorités   légitimes fragilise davantage la capacité de l’État à anticiper
les crises, à protéger les populations vulnérables et à renforcer la résilience nationale face aux catastrophes naturelles.


Mémoire nationale et responsabilité collective
La Journée du 12 janvier dépasse le simple hommage aux victimes. Elle rappelle une réalité incontournable :
sans sécurité, sans stabilité politique et sans institutions fonctionnelles, Haïti reste
extrêmement exposée aux catastrophes naturelles.


Honorer la mémoire des victimes implique aussi :
reconnaître les défaillances structurelles révélées par le séisme ;
exiger des réformes institutionnelles durables ; placer la gestion des risques et la prévention au cœur des politiques publiques.


Se souvenir pour ne plus répéter
Le 12 janvier demeure une date douloureuse dans la mémoire collective haïtienne. Mais il est aussi un avertissement.


La reconstruction ne peut se limiter aux infrastructures. Elle exige la reconstruction de l’État, le rétablissement de la sécurité, la justice sociale et une vision durable du développement.
Se souvenir, c’est refuser l’oubli.
C’est surtout refuser que les mêmes vulnérabilités continuent de coûter des vies.

Sources :
Nations unies – Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH)
https:/binuh.unmissions.org
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) – Haïti
https:/www.undp.org/fr/haiti
Banque mondiale – Évaluation des pertes et dommages du séisme de 2010
https:/www.banquemondiale.org
Organisation internationale pour les migrations (OIM) – Déplacements internes en Haïti
https:/haiti.iom.int
Protection Civile Haïti (DGPC)
https:/www.protectioncivile.gouv.ht


Kettia Bourgonne rédactrice de The Gabriel Post


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