
La Salle CCC de l’Université Quisqueya (UniQ) a accueilli le 28 janvier 2026 une table ronde ambitieuse intitulée « Compétences pour l’Avenir : Construire des Ponts Durables entre l’Éducation et le Secteur Privé, pour la Reconstruction d’Haïti ». Organisée conjointement par InnovEd-UniQ, la CCI Ouest et Konbit Compétences, cette rencontre visait à débattre sur une préoccupation majeure pour l’avenir du pays : l’approche pour réduire le fossé souvent béant entre la formation académique et les besoins réels du marché du travail.
L’enjeu : former pour reconstruire
Dès l’ouverture, le Recteur de l’Université Quisqueya, Jacky Lumarque, a posé le cadre : la formation des jeunes est intrinsèquement liée à la capacité d’Haïti à se reconstruire et à se développer. L’exposé factuel de l’économiste Enomy Germain sur le chômage des jeunes a appuyé le constat tout en s’accentuant évidence les lacunes en compétences comme principaux obstacles à l’insertion professionnelle. Cet enjeu central a dominé l’ensemble des discussions, les participants s’accordant sur la nécessité d’une meilleure adéquation entre l’offre de formation et la demande des entreprises.
Les contradictions : entre volonté et réalité
Si l’intention de « construire des ponts durables » est louable, les discussions ont également révélé de profondes contradictions. Le panel d’experts, composé de représentants de l’éducation (Patrick Brun, Jean Judson Joseph, Gary Pierre) et du secteur privé (Ralph Edmond, Guerdy St Louis, Dr. Valerie Deverson), a mis en évidence la difficulté de traduire les bonnes volontés en actions concrètes.
D’un côté, les institutions éducatives et le gouvernement affirment leur volonté de réformer les programmes pour mieux répondre aux besoins du marché. De l’autre, le secteur privé est souvent confronté à ses propres problèmes économiques et structurelles et peine parfois à définir clairement ses besoins ou à investir dans la formation. Les questions soulevées par le public sont souvent centrées sur cette inadéquation, interrogeant sur les mécanismes de financement et la pérennité des partenariats envisagés.
Un autre point de friction réside dans la diversité des perspectives. Tandis que le secteur privé met l’accent sur les compétences techniques et professionnelles immédiatement applicables, le monde de l’éducation insiste sur le développement de compétences transversales, de l’esprit critique et de la créativité, essentielles à long terme. Trouver un équilibre entre ces deux approches constitue un défi majeur.
Vers une solution ? Le Comité de Suivi
Face à ces difficultés et contradictions, la proposition de lancement d’un Comité de Suivi par Martine Laroche Cuvilly (CCI Ouest) apparaît comme une tentative de concrétiser les échanges. Cette instance aurait pour mission d’assurer le suivi des engagements et coordonner les actions entre les différents acteurs. La réussite de ce comité dépendra toutefois de sa représentativité réelle, de son autonomie et de sa capacité à surmonter les intérêts sectoriels pour œuvrer au bien commun.
En conclusion, la table ronde « Compétences pour l’Avenir » a eu le mérite de mettre sur la table des questions importantes pour le développement d’Haïti. Si les aspirations sont fortes et les intentions sincères, la véritable bataille se jouera désormais dans la capacité des acteurs à transformer ces échanges en actions tangibles, capables de surmonter les obstacles structurels et de construire un avenir où l’éducation prépare réellement à la reconstruction.


Schwise CADET pour TGP
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