
Introduction
Dans un monde où la connaissance est devenue un moteur essentiel de développement, la recherche scientifique représente un pilier incontournable de la croissance économique, de l’innovation, de la santé publique, de l’éducation et de la prise de décision. Les pays qui investissent dans la recherche sont généralement ceux qui développent les technologies de demain, améliorent leurs politiques publiques et renforcent leur compétitivité.
En Haïti, la recherche scientifique existe, mais elle demeure insuffisamment développée. Les universités, les chercheurs et plusieurs institutions académiques continuent de produire des connaissances malgré des ressources limitées. Toutefois, le pays fait face à un déficit important en matière de production scientifique, de financement et de formation de nouveaux chercheurs.
Une absence de statistiques nationales sur les chercheurs
L’un des premiers constats est le manque de données officielles sur les ressources humaines en recherche.
L’Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI), organisme officiel chargé de la production et de la coordination des statistiques nationales, publie régulièrement des données sur la population, l’économie, l’éducation, l’emploi, l’inflation et plusieurs autres secteurs stratégiques. Cependant, à ce jour, aucune publication de l’IHSI n’a été identifiée présentant des statistiques sur le nombre annuel de chercheurs formés ou sur l’effectif des chercheurs actifs en Haïti.
Cette absence de données constitue un défi en soi. Sans statistiques fiables et régulièrement mises à jour, il est difficile d’évaluer les progrès du pays, de planifier les investissements en recherche ou de mesurer les besoins en formation scientifique.
Les principales informations disponibles proviennent donc de l’Institut de statistique de l’UNESCO (UIS), de la Banque mondiale, de travaux universitaires et d’études spécialisées.
La recherche scientifique existe bel et bien en Haïti
Il serait cependant inexact de conclure que la recherche scientifique est inexistante en Haïti. Plusieurs universités disposent de structures dédiées à la recherche et publient des travaux scientifiques.
L’Université d’État d’Haïti (UEH), principale université publique du pays, possède une Direction de la recherche, plusieurs laboratoires ainsi que des revues scientifiques telles que Recherche, Études et Développement (RED) et CHANTIERS, qui diffusent des articles évalués selon des standards académiques.
L’Université Quisqueya développe également une politique active de recherche à travers son Vice-Rectorat à la recherche, ses laboratoires, ses centres spécialisés et la publication des travaux de ses enseignants-chercheurs et étudiants.
D’autres établissements d’enseignement supérieur, publics et privés, contribuent eux aussi à la production de mémoires, de thèses, d’articles scientifiques et de recherches appliquées.
Le problème n’est donc pas l’absence de recherche, mais l’insuffisance des moyens permettant à cette recherche d’atteindre une plus grande ampleur et une meilleure visibilité internationale.
Une communauté scientifique encore très restreinte
Les données disponibles illustrent cette réalité.
Un recensement réalisé en 2022 par les Chaires universitaires Toussaint Louverture a identifié 106 chercheurs affiliés à des laboratoires de recherche répartis dans sept universités et un centre de recherche.
Par ailleurs, une étude portant sur la période 1900-2017 montre que seulement 883 publications scientifiques de chercheurs haïtiens ont été indexées dans la base internationale Web of Science. Environ 80 % de ces publications ont été réalisées avec des partenaires étrangers, ce qui témoigne de l’importance des collaborations internationales pour maintenir la production scientifique nationale.
Ces chiffres ne signifient pas que seuls 106 chercheurs existent en Haïti, mais ils montrent que le nombre de chercheurs intégrés dans des structures de recherche reconnues demeure limité.
Pourquoi Haïti produit-elle si peu de chercheurs ?
Plusieurs facteurs expliquent cette situation.
Le premier est le faible investissement consacré à la recherche et au développement. Les budgets alloués aux universités permettent difficilement de financer des laboratoires modernes, des équipements scientifiques ou des projets de recherche d’envergure.
Ensuite, les programmes de maîtrise et surtout de doctorat demeurent peu nombreux. Or, dans la plupart des pays, c’est à travers ces formations que se construit la relève scientifique.
À cela s’ajoutent la fuite des cerveaux, les crises politiques, les difficultés économiques et l’insécurité, qui poussent de nombreux chercheurs à poursuivre leur carrière à l’étranger.
Enfin, l’absence d’un système statistique complet sur la recherche rend plus difficile la planification des politiques publiques dans ce domaine.
Pourquoi investir dans la recherche ?
Investir dans la recherche scientifique ne consiste pas uniquement à produire des articles académiques.
La recherche permet de développer de nouvelles technologies, d’améliorer les pratiques agricoles, de renforcer les systèmes de santé, de proposer des solutions adaptées aux catastrophes naturelles, de moderniser l’éducation et d’éclairer les décisions publiques grâce à des données fiables.
Pour un pays comme Haïti, confronté à de multiples défis, disposer d’une communauté scientifique forte représente un levier essentiel de développement durable.
Des pistes pour renforcer la recherche en Haïti
Le développement de la recherche scientifique passe notamment par :
- une augmentation des investissements publics et privés dans la recherche ;
- le renforcement des programmes de maîtrise et de doctorat ;
- la modernisation des laboratoires universitaires ;
- le soutien aux revues scientifiques haïtiennes ;
- la création d’un observatoire national des chercheurs et de la recherche ;
- une meilleure collaboration entre les universités, l’État, les entreprises et la diaspora scientifique.
Conclusion
Haïti possède des chercheurs, des universités engagées et une tradition académique qui mérite d’être valorisée. Des institutions comme l’Université d’État d’Haïti, l’Université Quisqueya et d’autres établissements démontrent que la recherche scientifique est bien présente dans le paysage universitaire national.
Toutefois, cette recherche demeure confrontée à des contraintes structurelles importantes : un financement insuffisant, un nombre limité de chercheurs, une faible capacité de formation aux cycles supérieurs et un manque de données statistiques nationales sur le secteur.
L’avenir de la recherche scientifique en Haïti dépendra de la volonté des pouvoirs publics, des universités, du secteur privé et des partenaires internationaux de faire de la science une priorité nationale. Former davantage de chercheurs, soutenir les institutions universitaires et valoriser la production scientifique ne sont pas des dépenses, mais des investissements stratégiques pour construire un pays plus innovant, plus résilient et mieux préparé aux défis du XXIᵉ siècle.
Sources
- Institut Haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI). Présentation générale et publications statistiques : https://www.ihsi.gouv.ht
- Université d’État d’Haïti (UEH). Direction de la recherche et revues scientifiques : https://ueh.edu.ht
- Université Quisqueya. Vice-Rectorat à la recherche et publications scientifiques : https://uniq.edu.ht
- UNESCO-IESALC. Les représentations des dirigeants des universités haïtiennes du rôle des professeurs dans le développement de la recherche en Haïti.
- Études caribéennes (2022). Les crises, les femmes et la production scientifique en Haïti.
- Banque mondiale, données de l’Institut de statistique de l’UNESCO (UIS) sur les chercheurs en R-D.
Stanley GABRIEL , rédacteur en chef TGP
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